William Short writes to a French land speculator in the United States about his travel across the Atlantic, his arrival in France, and first impressions and experiences of French life and language.
À Paris ce 20. Juillet 1786
Je vous dois mille remerciments de la lettre que vous m'avez fait parvenir. je l'ai reçu à la fin de juin, elle est de mon beau-frère qui ne sçachant pas au juste mon adresse à Paris en avoit chargé M. B. Harrison à Richmond en le priant de la mettre & me l'envoyer. il me semble qu'elle auroit du au moins aller jusqu'à New-york avant de s'arreter.— j'espere, Monsieur, que vous ne doutez pas de ma reconnaissance surtout en vous assurant qu'elle egale le plaisir que j'ai eu à recevoir des nouvelles de mon beau-frere & de sa famille qui m'est infiniment chere, & dont malgré tous mes desirs je n'avois point encore eu depuis mon depart; sans votre complaisance, Monsieur, je n'en aurois pas eu même avec l'aide de M. Harrison.
Puisque c'est à vous à qui j'ai toutes ces obligations je vais en revanche vous donner aussi des nouvelles de vos amis en France. Mle. Gourbillon a reçu en consequence de son merite une place chez Madame, ce qui la force de rester beaucoup à Versailles.— Mesdames Vial & du <...>Bois restent toujours à Paris; elles m'ont parlé souvent de vous. Je suis etonné que vous n'ayiez pas reçu aucune de mes lettres, car je vous en ai ecrit plus d'une aussitôt mon arriveé ici. depuis ce temps j'ai cessé n'en ayant pas reçu de vous: j'ai adressé toutes ces lettres poste restante à Philadelphie, comme vous l'avez desiré. dans ces lettres je vous ai donné suivant ma promesse, des nouvelles de mon voyage ainsi que de mon arriveé à Paris & comment j'ai trouvé tout ce que j'ai vu dans ce pays-ci. de peur que ces lettres ne vous parviennent pas je vais repeter ce que je vous y ai marqué. Je suis parti de New-york comme vous sçavez, Monsieur, au milieu du mois d'octobre; après une traverseé que les gens de mer ont trouvé belle & charmante mais que j'ai trouvé affreuse & ennuyante je suis arrivé le 25me. jour à l'Orient. la mer m'avoit tant deplu que j'aurois eté enchanté de trouver la terre même chez les barbares jugez donc du plaisir que j'ai eu d'arriver au port de ma destination. tout avoit des charmes pour moi quoique tout etoit different de ce que j'avois vu jusqu'a lors, même aux souliers; car le tems etant pluvieux & tres vilain <...> le monde qui s'assembloit sur le rivage à notre approche portait des souliers de bois. vous ne vous moquerez ^pas de mon etonnement de voir ces souliers & d'entendre le tapage qu'ils faisoient sur le pavé, puisque vous sçavez qu'on a conservé un sabot dans le museé de Boston comme une chose curieuse à voir; & ce sabot est peut être le premier & le seul qui a jamais paru en Amérique. Je quittois au plutôt le quai, car j'etois bien aise de perdre la mer de vue, & surtout comme nous etions debarqués à l'heure du spectacle; j'y fus sur le champ, ainsi vous voyez qu'une salle de Comedie est la premiere maison ou je suis entré en France. n'allez pas croire pour cela que c'est ce qui me plait le plus dans ce pays-ci: je ne suis pas du tout de ces amateurs qui croyent les spectacles absolument necessaires à leur sante, & qui ne dorment pas tranquille qu'ils n'ayent ouïs tous les Operas, Tragedies & Comédies sur tous les Theatres de Paris. Sans ce <...> dominant je les ai vu assez; & surtout ceux qui sont faits plutôt <...> plaire aux geux qu'à l'esprit. la raison en est simple: c'est <...> bien l'un & souvent ne comprens pas l'autre.
Mais ma voila avec mes reflexions à Paris quoique je ne vous ai pas encore parlé de mon depart de l'Orient. y ayant trouvé pluseiurs de mes compatriotes ils m'engagerent d'y passer quelques jours en attendant le depart d'un vieux Chevalier de St Louis sous la conduite duquel je pourrois me mettre en toute sureté pour le voyage de Paris, & je ne me suis pas du tout repenti de ce retard, car <...> <...> <...> toutes les vexations & peines que je lui ai vu essu<...>yer avec les postilions, les aubergestes & quantité d autres fripons que nous avons rencontré sur la route je ne sçai pas comment j'aurois pu faire sans lui. mais toutes ces disputes m'ont servi d'amusement. cinq jours passés de cette maniere nous mirent à Paris. il ne me restoit pour lors que de chercher M. Jefferson. je l'ai trouvé sans beaucoup de peine m'attendant avec la même amitié qu'il m'a toujours temoigné dés le temps que nous avons fait connaissance ensemble. J'etois tout etonné de voir qu'il ne parloit pas mieux français; car je m'etois imaginé, comme la plupart des personnes en Amérique, que deux ou trois mois à Paris suffisoient pour faire bien parler la langue, & surtout à ceux qui la scavent lire. on se trompe sur ce sujet, & je m'impatientois de voir qu'après trois mois je ne parlois pas mieux françois ici qu'avec vous à New-york. J'ai pris sur moi de quitter Paris & les seuls amis que j'avois en France pour eviter les occasions de parler Anglois, & d'aller en campagne chercher la langue Francoise. le hazard me dirigeoit vers St. Germains en laye, & un hazard encore plus favorable & plus inattendu me plaçoit dans une famille la plus aimable de la France, & c'est tout dire. Ils m'ont adopté comme leur fils, & m'ont appris ce que c'est que de trouver des vrais amis en pays etranger. le temps que j'ai passé avec eux est celui qui m'a donné le plus de plaisir de tout ce que j'ai passé en France, & ne manquera pas de me le faire payer bien cher par les regrets que j'aurai de les quitter quand je retournerai en Amérique. Je ne sçai pas, Monsieur, s'il faut vous souhaiter de même en Virginie, mais si vous etes pour y rester toujours je n'hesiterais pas puisque l'amitié est un de plus grands bonheurs qu'il y aye dans ce monde, & un bonheur que l'on ne trouve ordinairement que parmi les connoissances de son enfance. ainsi on doit en être plus reconnoissant quand on le trouve chez les etrangers. Dans quelle partie du monde que vous soyez je vous souhaite le plus grand bonheur tout ce que vous desirez avec la même sincerité que je vous assure des sentiments de la plus parfaite consideration avec laquelle j'ai l'honneur d'etre
Monsieur
votre trés humble & trés obeissant Servi
Serviteur
Internal address:
M. Savary de Valcolan
Endorsement:
S: deValcolan
Ed. note: This letter is the earliest in our collection that Short writes in French.
Paris, July 20, 1786
Sir,
I owe you a thousand thanks for the letter you sent me. I received it at the end of June. It is from my brother-in-law, who not knowing my exact address in Paris, asked Mr. B. Harrison in Richmond to post it and send it to me. It seems to me that it must have at least gone as far as New York before stopping. I hope, Sir, that you do not doubt my gratitude, especially when assuring you that it equals the pleasure I had of receiving news of my brother-in-law and his family, who are infinitely dear to me, and from whom, despite all my wishes, I still had not had since my departure. Without your obligingness, Sir, I would not have had any, even with Mr. Harrison's aid.
Since all my duties are to you, I will in return give you news of your friends in France. Mademoiselle Gourbillon, as a consequence of her merit, got a position at Madame's, which requires her to stay in Versailles much of the time. Madames Vial and du<...>Bois are still in Paris; they have often talked to me about you. I am surprised that you have received none of my letters as I wrote you more than one as soon as I arrived here. Since then I have stopped having not received any from you. I sent, as you wished, all my letters to the general delivery in Philadelphia. In these letters, I gave you, as promised, news about my travel as well as my arrival in Paris, and what I thought about everything I saw in this country. Lest those letters do not get to you, I will repeat what I wrote in them. I left from New York, as you know, Sir, in mid-October. After a crossing that the seafarers thought beautiful and charming but I found awful and boring, I arrived the 25th day in L'Orient. I disliked the sea so much that I would have been delighted to arrive even among the barbarians. Imagine, therefore, the pleasure I had of arriving in the port of my destination. Everything was charming to me, even though it was all different from what I had seen so far, even the shoes; as the weather was rainy and very nasty <...> all the people who gathered on the coast at our approach wore wooden clogs. You will not laugh at my astonishment at seeing those clogs and hearing the noise they made on the paved road, since you know a clog has been preserved in the Boston museum as something of a curiosity to see; and that clog is perhaps the first and the only one that has ever appeared in America. I left the quay as soon as possible for I was glad to lose sight of the sea, and above all because we had landed at the time of the performance. I went there immediately <...>, so you see that a theatre hall is the first house I entered in France. Do not believe, however, that this is what I like the most in this country. I am not at all one of those enthusiasts who believe entertainment is absolutely necessary for their health, and who do not sleep calmly until they have heard all the operas, tragedies and comedies in all the theatre houses in Paris. Without that <...> I have seen enough of them; and above all those that are made to <...> please the uneducated rather than the spirit. The reason for this is simple: it is <...> one and often does not understand the other.
But here I am with my thoughts in Paris, although I have still not talked to you about my departure from L'Orient. Having found there several of my countrymen, they entreated me to stay a few days waiting for the departure of an old Chevalier of St Louis, under whose guidance I could travel safely to Paris, and I do not at all regret that delay because <...> <...> <...> <...> all the vexations and troubles he endured with the coachmen, innkeepers and a number of other scoundrels we encountered on the road. I do not know what I would have done without him. But all these arguments amused me. Five days spent like this got us to Paris. So the only thing I had to do then was to look for Mr. Jefferson. I found him without much difficulty, waiting for me with the same friendship he has always shown me since we first met. I was really surprised to see that he did not speak French any better; because I had imagined, like most people in America, that two or three months in Paris were enough to speak the language well, and especially for those who can read it. We are mistaken about this, and I became impatient to see that after three months I did not speak better French here than with you in New York. I took it upon myself to leave Paris and the only friends I had in France to avoid opportunities of speaking English, and to go to the countryside to look for the French language. Chance lead me to St Germain-en-Laye, and even more favorable and unexpected chance placed me in the most aimable family in France, and that says it all. They adopted me as their son and taught me what it is like to find real friends in a foreign country. The time I spent with them is the one that has given me the most pleasure of all the time I have spent in France, and it will not fail to make me pay dearly because of the regrets I will feel of leaving them when I return to America. I do not know, Sir, if there is any need to wish you the same in Virginia, but if you are to remain there forever, I would not hesitate since friendship is one of the greatest joys that exist in this world, and a joy that one usually finds among one's childhood acquaintances. One should therefore be all the more grateful when one finds it with foreigners. Wherever you may be in the world, I wish you the greatest happinness everything you desire with the same sincerity with which I assure you of my most perfect consideration, with which I have the honor of being, Sir, your most humble and most obedient Serv Servant
Short
Reel 1, Papers of WS, LOC